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Dolce Vita

l’extrême droite au pouvoir, une première depuis Mussolini

Appelés aux urnes le 25 septembre prochain, les Italiens s’apprêtent à choisir un nouveau gouvernement dans un pays où l’instabilité politique est presque devenue la norme. Si tu te demandes pourquoi cette élection attire autant l’attention, c’est simple : elle pourrait ouvrir la voie à la première femme à la tête du gouvernement italien, Giorgia Meloni, dans un contexte de forte poussée de la droite radicale.

Mais ce scrutin ne se résume pas à une victoire annoncée. En pratique, la vraie question est plutôt celle-ci : jusqu’où Meloni pourra-t-elle aller dans sa ligne politique, et à quel point ses alliés, l’Union européenne, l’OTAN et les contraintes économiques finiront-ils par la modérer ? C’est ce point qui change tout pour comprendre les enjeux réels de cette élection.

L’essentiel a retenir : cette élection italienne peut porter Giorgia Meloni au pouvoir, mais sa marge de manœuvre dépendra fortement de sa coalition et des pressions européennes.

  • La droite arrive favorite, avec Fratelli d’Italia en tête des sondages.
  • Meloni pourrait devenir la première femme à diriger le gouvernement italien.
  • Sa coalition avec Salvini et Berlusconi reste fragile et hétérogène.
  • L’UE, l’OTAN et les marchés financiers peuvent limiter ses choix.
  • Ses positions sur l’immigration, l’Europe et les droits LGBTQ+ inquiètent.
  • Le résultat italien pourrait inspirer d’autres droites radicales en Europe.

Un parlement sans majorité

L’Italie vit depuis longtemps avec des gouvernements fragiles, souvent courts et dépendants d’alliances instables. Concrètement, cela veut dire qu’une victoire électorale ne garantit pas forcément une ligne politique cohérente sur la durée : tout dépend de la capacité à tenir une coalition, à éviter les ruptures internes et à composer avec le président, les institutions et les partenaires européens.

Cette élection est la première depuis 2018. À l’époque, deux forces contestataires, le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, avaient créé la surprise dans un Parlement sans majorité claire. Elles avaient ensuite gouverné presque trois ans avec Giuseppe Conte, un profil technocratique jugé suffisamment neutre pour faire tenir l’ensemble.

En janvier 2021, le président Sergio Mattarella a ensuite confié la direction du gouvernement à Mario Draghi, soutenu par la plupart des grands partis, à l’exception des Frères d’Italie. L’objectif était double : gérer la pandémie et sécuriser l’appui financier de l’Union européenne. Dans les faits, cela montre à quel point l’Italie dépend d’équilibres politiques internes mais aussi de la confiance des partenaires extérieurs.

Cette dépendance explique aussi pourquoi les coalitions italiennes se recomposent si souvent. Quand un gouvernement perd sa majorité, les arbitrages se font vite, parfois au prix de revirements spectaculaires. Si tu suis la politique italienne, tu sais donc qu’il faut toujours regarder au-delà du score électoral : la vraie bataille commence après le vote.

Giorgia Meloni est en position de force. Ses intentions de vote sont passées d’environ 4 % en 2018 à près de 25 %, ce qui traduit une progression spectaculaire. Avec la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi, la coalition de droite peut espérer une majorité solide à la Chambre comme au Sénat.

En face, le centre gauche, dominé par le Parti démocrate, reste sous pression. Son refus de s’allier au Mouvement 5 étoiles l’a privé d’une partie de sa capacité de rassemblement, ce qui pourrait le reléguer dans l’opposition pour plusieurs années. Dans la pratique, un camp fragmenté perd presque toujours face à une coalition qui, même imparfaite, parvient à se présenter comme l’option la plus lisible.

Vers une victoire de la droite ?

Giorgia Meloni, 45 ans, a une trajectoire politique ancienne et très marquée. Elle rejoint le Mouvement social italien (MSI) à 15 ans, un parti néofasciste héritier de l’univers mussolinien. Ce point est important, car il aide à comprendre la continuité idéologique de son parcours : Meloni n’est pas une figure surgie de nulle part, mais le produit d’une droite italienne qui a longtemps cherché à se normaliser sans renier totalement ses références.

En 2008, elle devient la plus jeune ministre d’Italie, en charge de la jeunesse et des sports dans le gouvernement Berlusconi. Puis, en 2012, elle fonde Fratelli d’Italia en reprenant une partie de la rhétorique populiste du MSI et de l’Alliance nationale. Ce positionnement lui a permis de capter un électorat à la fois conservateur, anti-élite et sensible aux thèmes identitaires.

Aujourd’hui, elle se présente comme « prête à gouverner ». Et ce n’est pas qu’un slogan de campagne : dans les faits, elle cherche à apparaître comme une dirigeante crédible, capable de rassurer les électeurs qui veulent un changement sans basculer dans l’inconnu. C’est souvent ainsi que les droites radicales gagnent en influence : elles durcissent le discours, tout en soignant leur image de sérieux institutionnel.

En Italie, le poste de premier ministre revient généralement au chef du parti ou de la coalition arrivée en tête. Or Fratelli d’Italia dépasse désormais ses alliés dans les intentions de vote. Cela renforce mécaniquement la légitimité de Meloni, mais pas forcément sa liberté d’action une fois au pouvoir.

Face aux inquiétudes suscitées par certaines de ses positions radicales et par sa rhétorique anti-Union européenne, elle affirme qu’elle gouvernera pour tous les Italiens. Elle ne renie plus l’UE ni l’OTAN, mais elle dit vouloir les « surveiller ». Concrètement, cette nuance est stratégique : elle lui permet de rassurer les électeurs modérés sans perdre son socle militant.

Populisme sauce Meloni

Le programme de Giorgia Meloni s’inscrit dans une vague populiste européenne plus large. Comme d’autres leaders de droite radicale, elle capitalise sur la hausse du coût de la vie, l’incertitude économique, la fatigue liée à la pandémie, le recul démographique et les tensions autour de l’immigration. Ce type de contexte crée un terrain favorable aux discours qui opposent « le peuple » aux « élites ».

Elle promet de redonner le pouvoir aux Italiens ordinaires, de sécuriser les frontières et de relancer l’économie en réduisant les impôts et les normes. Sur le papier, cela parle à des électeurs qui se sentent oubliés. En pratique, ces promesses se heurtent vite à la réalité budgétaire, surtout dans un pays fortement endetté comme l’Italie.

Meloni veut aussi renégocier le plan de relance européen mis en place après le Covid-19, modifier la Constitution pour faire élire le président au suffrage universel et durcir la politique migratoire, notamment vis-à-vis des arrivées en provenance de Libye. Ce sont des mesures qui ont une forte portée symbolique, mais qui posent aussi des questions très concrètes : financement, compatibilité avec les traités européens et capacité réelle à les appliquer.

Son discours s’appuie également sur les valeurs de la famille italienne « traditionnelle ». Cela implique, dans les faits, un recul possible sur les droits LGBTQ+. L’exemple de sa critique de Peppa Pig, dont elle veut censurer certains épisodes montrant des couples homosexuels, illustre bien cette logique culturelle : le combat politique ne porte pas seulement sur l’économie ou l’immigration, mais aussi sur les représentations sociales.

Ses rapprochements avec Marine Le Pen et Viktor Orban montrent enfin qu’elle s’inscrit dans une internationale de la droite dure européenne. Ce que cela change pour toi, si tu suis la politique européenne, c’est que l’Italie pourrait devenir un laboratoire politique observé de très près par d’autres mouvements similaires en France, aux Pays-Bas ou en Allemagne.

Reste une question centrale : Meloni pourra-t-elle gouverner durablement avec Matteo Salvini et Silvio Berlusconi ? Les trois partenaires partagent certaines idées économiques libérales et des positions conservatrices sur le plan culturel, mais leurs intérêts ne coïncident pas toujours. Dans la majorité des cas, ce genre d’alliance tient tant que chacun y trouve son compte électoral et médiatique.

La Ligue de Salvini cherche depuis des années à élargir son audience au-delà de son fief lombard. L’ancien parti régionaliste a progressivement remplacé le séparatisme par un discours anti-immigration plus large, en faisant des migrants un bouc émissaire commode pour les difficultés du pays. C’est une stratégie classique : simplifier les causes d’un malaise complexe pour proposer une réponse politique immédiatement lisible.

Il semble cependant que Meloni ait déjà attiré une partie des électeurs de la Ligue et du Mouvement 5 étoiles, séduits par sa fermeté et son style combatif. Dans la pratique, cela lui donne un avantage décisif : elle n’a pas seulement consolidé son propre camp, elle a aussi grignoté les marges de ses concurrents.

Berlusconi, faiseur de rois

Silvio Berlusconi reste un acteur incontournable malgré son âge et son histoire judiciaire. Contraint de démissionner en 2011, condamné pour fraude fiscale et prostitution, puis écarté du Parlement avant que son interdiction ne soit levée en 2018, il a réussi à revenir dans le jeu politique. C’est une illustration très claire de sa force : en Italie, le capital politique peut survivre à des scandales majeurs si l’électorat continue à y voir un recours utile.

C’est lui qui pourrait faire et défaire l’équilibre de la coalition. Berlusconi a adopté des positions plus centristes et plus « responsables » que ses partenaires, notamment sur l’Europe. En cas de résultat serré, il pourrait donc peser sur la ligne gouvernementale, voire conditionner son soutien. Concrètement, cela veut dire qu’un gouvernement Meloni pourrait être moins radical qu’annoncé pendant la campagne.

Cette modération ne viendrait pas seulement de l’intérieur. L’Union européenne et l’OTAN constituent aussi des garde-fous puissants. L’Italie dépend fortement des fonds de relance européens et de la confiance des marchés financiers. Si le gouvernement s’aventurait vers une politique fiscale trop agressive ou vers des atteintes flagrantes aux droits fondamentaux, la pression extérieure serait immédiate.

Dans les faits, c’est souvent là que les promesses électorales se heurtent au réel. Une chose est de tenir un discours très dur en campagne ; une autre est de gouverner un pays endetté, exposé aux marchés et inséré dans des alliances stratégiques. Si tu cherches à comprendre l’issue probable, retiens surtout ceci : plus la coalition est dépendante d’alliés et de financements extérieurs, plus elle est contrainte de composer.

L’avenir dira jusqu’où l’Italie dérivera à droite dans les mois à venir. Mais une chose est déjà certaine : les droites radicales en France, aux Pays-Bas et en Allemagne observeront de très près ce qui se passe à Rome. Ce scrutin dépasse donc largement le cadre italien ; il peut servir de test politique pour toute l’Europe.

Ce qu’il faut surveiller après l’élection

Si tu veux vraiment comprendre la suite, ne regarde pas seulement le nom du vainqueur. Observe plutôt trois choses : la solidité de la coalition, le ton adopté vis-à-vis de Bruxelles et la manière dont le gouvernement traite l’immigration et les droits sociaux. Ce sont les indicateurs les plus fiables pour savoir si Meloni gouvernera en rupture ou en compromis.

Dans la majorité des cas, ce type de scrutin produit un écart entre le discours de campagne et la pratique du pouvoir. Les contraintes institutionnelles, économiques et diplomatiques finissent souvent par réduire l’ampleur des promesses les plus radicales. Cela ne veut pas dire qu’il ne se passe rien, mais que le changement réel se mesure autant dans les arbitrages que dans les annonces.

Si tu suis les prochaines étapes, tu pourras donc repérer rapidement si l’Italie entre dans une phase de durcissement politique ou si la coalition se normalise sous l’effet des équilibres internes et européens. C’est exactement ce qui rend cette élection si importante : elle ne dit pas seulement qui gagne, elle dit aussi ce qu’un pouvoir de droite radicale peut réellement faire une fois installé.

FAQ

Pourquoi cette élection italienne est-elle si importante ?

Cette élection est importante parce qu’elle peut porter Giorgia Meloni au pouvoir et modifier l’équilibre politique italien. Elle est aussi suivie de près en Europe, car elle pourrait renforcer la droite radicale sur le continent. En pratique, le résultat dira surtout jusqu’où une coalition de droite peut gouverner dans un pays très dépendant de l’UE.

Qui est Giorgia Meloni ?

Giorgia Meloni est la cheffe de Fratelli d’Italia et la favorite du scrutin italien. Elle a commencé très jeune en politique, avec une trajectoire issue de la droite post-fasciste italienne. Aujourd’hui, elle s’impose comme une figure centrale du populisme de droite en Europe.

Pourquoi Giorgia Meloni fait-elle peur à certains observateurs ?

Giorgia Meloni inquiète parce qu’elle porte un discours très dur sur l’immigration, l’identité et les droits LGBTQ+. Ses références politiques et ses alliances européennes alimentent aussi les craintes d’une dérive à droite. Dans les faits, beaucoup redoutent surtout l’écart entre son discours de campagne et les garanties démocratiques qu’elle donnera une fois au pouvoir.

Quel rôle joue Silvio Berlusconi dans cette élection ?

Silvio Berlusconi peut devenir un acteur décisif dans la coalition de droite. Son poids politique peut modérer Giorgia Meloni ou, au contraire, fragiliser l’équilibre gouvernemental si les tensions montent. Concrètement, il reste un possible faiseur de rois au sein de l’alliance.

L’Union européenne peut-elle empêcher Meloni d’appliquer son programme ?

L’Union européenne ne peut pas bloquer tout son programme, mais elle peut fortement limiter ses marges de manœuvre. L’Italie dépend des fonds européens, de la confiance des marchés et de ses engagements budgétaires. Si certaines mesures deviennent trop radicales, la pression de Bruxelles serait rapide et concrète.

La droite italienne peut-elle gouverner longtemps ?

Elle peut gouverner longtemps si la coalition reste soudée et si les contraintes économiques ne la fissurent pas. L’histoire politique italienne montre cependant que les alliances sont souvent instables. Dans la pratique, tout dépendra de la capacité de Meloni à arbitrer entre ses alliés et les exigences extérieures.

Cette élection peut-elle avoir un impact sur l’Europe ?

Oui, cette élection peut avoir un impact sur l’Europe, surtout si Meloni confirme une ligne plus dure sur l’immigration, la souveraineté et les rapports avec Bruxelles. D’autres partis de droite radicale observeront attentivement ce qui se passe en Italie. Ce scrutin peut donc servir de référence pour plusieurs droites européennes.


Julian Campisi, Assistant Professor of Political Science, University of Toronto

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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