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Dolce Vita

l’extrême droite au pouvoir, une première depuis Mussolini


Appelés aux urnes le 25 septembre prochain, les Italiens éliront leur 70ᵉ gouvernement en 76 ans depuis la fondation de la république en 1946.

Les récents sondages permettent de prévoir une victoire significative de la coalition de droite sous l’impulsion du parti de Giorgia Meloni, Fratelli d’Italia (Frères d’Italie). Elle deviendrait alors la première Italienne à diriger le gouvernement, mais nul ne sait jusqu’où elle ira à droite ni comment elle maintiendra sa coalition et résistera aux pressions européennes et internationales.

Un homme aux cheveux grisonnants et portant un costume sourit et fait signe de la main
Le premier ministre italien Mario Draghi après son adresse au Parlement à Rome en juillet 2022.
(AP Photo/Andrew Medichini, File)

Le paysage politique italien est notoirement fragmenté et instable. Chaque gouvernement survit difficilement plus d’une année. Les manœuvres et combines politiques constantes font et défont les coalitions gouvernementales — la dernière en date étant le gouvernement d’unité nationale de Mario Draghi, l’ancien président de la Banque centrale européenne, qui a démissionné en juillet 2022.

Un parlement sans majorité

Cette élection est la première depuis 2018. Il y a quatre ans, deux partis contestataires, le Mouvement 5 étoiles et la Ligue, avaient remporté la pluralité dans un parlement sans majorité. Ils ont réussi à gouverner presque trois ans à travers Giuseppe Conte, un technocrate jugé neutre.

En janvier 2021, le président Sergio Mattarella a désigné un nouveau premier ministre, Mario Draghi, avec le soutien de tous les grands partis — à l’exception des Frères d’Italie. Il s’agissait alors de redresser le gouvernement aux prises avec la pandémie et d’assurer le soutien financier de l’Union européenne.

Giorgia Meloni est en bonne voie de remporter la mise, forte d’intentions de vote qui sont passées de 4 % en 2018 à 25 %. Chatouillant désormais les 50 %, la coalition de droite, qui regroupe la Ligue de Matteo Salvini et Forza Italia de Silvio Berlusconi, peut espérer de solides majorités en Chambre et au Sénat.

La coalition de centre gauche, dominée par Parti démocrate, qui obtient moins de 30 % de soutien, risque d’être reléguée dans l’opposition pendant des années pour avoir refusé de s’associer au Mouvement 5 étoiles.

Une femme blonde parle dans un microphone et pointe vers le haut. Un panneau indiquant Meloni est visible derrière elle
Giorgia Meloni lors d’un rallye politique à Ancône en août 2022.
(AP Photo/Domenico Stinellis)

Vers une victoire de la droite ?

Giorgia Meloni, 45 ans, n’avait que 15 ans en 1992 lorsqu’elle s’est jointe au Mouvement social italien (MSI), parti néofasciste héritier de Mussolini.

En 2008, à 31 ans, elle est devenue la plus jeune ministre d’Italie, gérant le portefeuille de la jeunesse et des sports dans le gouvernement de Berlusconi. En 2012, elle a fondé Fratelli d’Italia en reprenant la rhétorique et les positions populistes du MSI et de l’Alliance nationale, l’ancien partenaire de droite de Berlusconi.

Gonflée à bloc grâce aux récents sondages, Giorgia Meloni entame la dernière ligne droite de sa campagne en se disant « prête à gouverner ».

En Italie, le poste de premier ministre revient habituellement au parti coalisé ayant obtenu le plus de voix. Or, le parti de Giorgia Meloni dépasse désormais les deux autres dans les intentions de vote.

Devant les inquiétudes suscitées par certaines de ses positions radicales et sa rhétorique anti-Union européenne, elle affirme qu’elle gouvernera pour tous les Italiens. Si elle ne renie plus l’Union européenne et l’OTAN, elle affirme qu’elle les tiendra à l’œil.

Populisme sauce Meloni

À l’instar des autres leaders populistes européens, Giorgia Meloni tire parti de la hausse du coût de la vie, du recul démographique, de la fatigue pandémique, des migrations et de l’incertitude économique. Elle promet de redonner le pouvoir au peuple plutôt qu’aux élites, de sécuriser les frontières et de relancer l’économie en réduisant les impôts et les réglementations.

Elle veut renégocier avec l’Union européenne l’énorme plan de relance Covid-19, modifier la constitution pour faire élire le président italien au suffrage universel et freiner l’immigration musulmane, notamment en érigeant un blocus naval face à la Libye.

Son programme, qui s’appuie sur les prétendues valeurs culturelles de la famille italienne « traditionnelle », annonce un recul sur les droits LGBTQ+. Elle a ciblé la populaire série de dessins animés pour enfants, Peppa Pig, dont elle veut censurer les épisodes présentant des couples homosexuels.

Ces politiques et son rapprochement vers Marine Le Pen (France) et Viktor Orban (Hongrie) signalent une dérive à droite qui inquiète de nombreux observateurs.

Il reste à savoir si ses deux puissants partenaires à droite, Matteo Salvini et Silvio Berlusconi, la soutiendront longtemps en tant que première ministre. Car même s’ils partagent ses vues économiques libertaires et des perspectives culturelles traditionnelles, leurs différences sont importantes.

La Ligue, sous la direction de Salvini, s’efforce depuis des années d’élargir son attrait en dehors de son bastion lombard. L’ancienne Ligue du nord essaie de faire oublier son « séparatisme » avec une nouvelle posture anti-immigrants, nouveaux boucs émissaires des malheurs de l’Italie.

Mais il semble que Giorgia Meloni a pu marauder avec succès parmi la clientèle du Mouvement 5 étoiles et de la Ligue séduite par son populisme et sa résolution.

Berlusconi, faiseur de rois

C’est là qu’intervient Berlusconi, qui a complètement refait son image politique. L’ancien premier ministre, forcé de démissionner en 2011 puis trouvé coupable dans des affaires de fraude fiscale et de prostitution, avait été condamné à des travaux communautaires et banni du Parlement, mais un juge a levé cet interdit en 2018.

A balding man in a dark suit smiles and waves
L’ancien premier ministre italien Silvio Berlusconi salue les journalistes en février 2021 alors qu’il arrive à la Chambre des députés, à Rome, pour rencontrer Mario Draghi.
(AP Photo/Alessandra Tarantino)

C’est ce Berlusconi-là qui sera sans doute le faiseur de rois — ou de reine — de la coalition. Ayant adopté des positions des positions nettement plus centristes et « responsables » que ses partenaires, notamment sur l’Europe, l’ancien chef d’État pèsera certainement sur les futures orientations de politiques et de gouvernance. Un résultat serré pourrait lui donner le luxe de donner ou de retirer son soutien.

Un gouvernement de Giorgia Meloni pourrait donc se voir fortement modéré quant à ses promesses les plus dures.

D’autres influences modératrices, peut-être plus importantes, viendront certainement de l’Union européenne et de l’OTAN, dont l’Italie est un membre important.

Le gouvernement, très endetté, dépend largement des fonds de relance et des marchés financiers européens. Toute mesure fiscale radicale ou toute violation flagrante des droits de la personne sur le front de l’immigration sera certainement contrée par la pression internationale et européenne.

L’avenir nous dira dans quelle mesure l’Italie dérivera à droite au cours de l’année à venir, mais il ne fait aucun doute que les autres partis d’extrême droite en France, aux Pays-Bas et en Allemagne en prendront note.



Julian Campisi, Assistant Professor of Political Science, University of Toronto

Cet article est republié à partir de The Conversation sous licence Creative Commons.

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