dolcitalia.net
Image default
Dolce Vita

Des vertus de l’instabilité gouvernementale en Italie

Depuis les élections législatives italiennes du 25 septembre, remportées par la coalition de droite et d’extrême droite menée par Giorgia Meloni, une question revient sans cesse : est-ce le début d’une vraie stabilité politique en Italie, ou simplement une nouvelle parenthèse dans un pays habitué aux gouvernements fragiles ? Le nouveau gouvernement a prêté serment le 22 octobre, puis a obtenu la confiance des deux chambres. Sur le papier, l’exécutif paraît solide. Dans les faits, la situation est plus nuancée.

Si tu te demandes ce que change vraiment l’arrivée de Giorgia Meloni au pouvoir, la réponse tient en une idée simple : l’Italie a bien un gouvernement politique soutenu par une majorité parlementaire, mais cette majorité ne suffit pas, à elle seule, à garantir une stabilité durable. Entre le poids du président de la République, les équilibres internes de la coalition et les attentes des partenaires européens, le nouveau pouvoir reste encadré de près.

L’essentiel a retenir : le gouvernement Meloni marque un tournant politique, mais pas forcément la fin de l’instabilité italienne.

  • L’Italie reste un pays de coalitions, avec des équilibres fragiles.
  • La majorité des deux chambres facilite la gouvernance, sans tout régler.
  • Le président, l’Europe et les alliés pèsent sur la formation du gouvernement.
  • Meloni a choisi un gouvernement politique, pas une équipe purement technique.
  • Le risque d’une dérive illibérale existe dans le débat, mais il paraît limité.
  • La réforme institutionnelle souhaitée par Meloni reste difficile à adopter.

67 gouvernements en 74 ans

Pour comprendre ce qui se joue, il faut repartir d’un constat très concret : depuis l’entrée en vigueur de la Constitution italienne le 1er janvier 1948, l’Italie a connu 67 gouvernements en 74 ans. Autrement dit, le changement d’exécutif fait presque partie du fonctionnement normal du système. Ce n’est pas un accident ponctuel, c’est une caractéristique structurelle du régime italien.

Cette instabilité vient de plusieurs facteurs qui se renforcent mutuellement. D’abord, le mode de scrutin a longtemps été largement proportionnel, même lorsqu’il a été corrigé par des mécanismes majoritaires. Ensuite, l’Italie fonctionne avec un bicaméralisme parfait : la Chambre des députés et le Sénat ont exactement les mêmes pouvoirs. Concrètement, cela signifie que le gouvernement doit conserver la confiance des deux chambres, alors même que les majorités peuvent ne pas être identiques.

Dans la pratique, ce point change tout. Un exécutif peut être soutenu par une majorité à la Chambre, mais se retrouver plus fragile au Sénat, ou inversement. C’est l’une des raisons pour lesquelles les gouvernements italiens sont souvent le produit d’alliances complexes, parfois hétérogènes, et rarement totalement à l’abri d’une crise politique.

À l’inverse, la Ve République française a été pensée précisément pour éviter ce type de fragilité. Les constituants de 1958, Charles de Gaulle et Michel Debré en tête, voulaient rompre avec l’instabilité des IIIe et IVe Républiques. Le résultat a été un système beaucoup plus stable : en plus de 64 ans, un seul gouvernement a été renversé avant la fin de la législature, par la motion de censure de 1962. Cette comparaison aide à mesurer l’écart entre les deux modèles.




À lire aussi :
La politique italienne est-elle vraiment atteinte d’instabilité chronique ?


La pression du président, des autres partis et des partenaires européens

Le fait d’avoir remporté une majorité absolue dans les deux chambres ne veut pas dire que Giorgia Meloni a eu les mains libres. En Italie, la formation du gouvernement suit une procédure constitutionnelle précise, mais aussi des usages politiques très codés. Le président de la République consulte les partis, puis confie le mandat de former un gouvernement à la personnalité la plus susceptible d’obtenir l’investiture parlementaire.

Concrètement, le président n’écrit pas la ligne politique du gouvernement. En revanche, il peut peser sur la faisabilité de certaines nominations et rappeler les limites institutionnelles. L’épisode de 2018 l’a montré : lorsque la désignation de Paolo Savona, jugé trop eurosceptique, au ministère de l’Économie avait suscité un veto présidentiel, cela avait rappelé que le chef de l’État dispose d’un vrai pouvoir d’encadrement, même s’il n’est pas un acteur gouvernemental au sens strict.

Dans le cas Meloni, plusieurs niveaux de pression se sont combinés. Il y a eu celle du président Sergio Mattarella, celle des institutions européennes, notamment de la Commission présidée par Ursula von der Leyen, et celle des partenaires occidentaux. Ce contexte a obligé la nouvelle cheffe du gouvernement à envoyer des signaux de continuité sur deux points sensibles : le soutien à l’Ukraine et le respect des règles européennes, en particulier budgétaires et économiques.

Si tu regardes cela de près, tu vois que la marge de manœuvre d’un gouvernement italien ne dépend pas seulement du score électoral. Elle dépend aussi de la crédibilité internationale de la coalition, de sa capacité à rassurer les marchés, et de la manière dont elle se positionne face à Bruxelles. C’est ce qui explique pourquoi la formation d’un gouvernement peut être aussi politique à l’intérieur qu’à l’extérieur du pays.

[Près de 80 000 lecteurs font confiance à la newsletter de The Conversation pour mieux comprendre les grands enjeux du monde. Abonnez-vous aujourd’hui]

Gouvernement technique ou gouvernement politique

Une autre question importante est celle de la nature même du gouvernement. En Italie, on oppose souvent un gouvernement « technique » à un gouvernement « politique ». Le premier s’appuie sur des personnalités perçues comme neutres ou expertes, souvent pour traverser une crise ou rassurer les partenaires internationaux. Le second met davantage en avant les partis et les responsables issus directement du vote.

Dans le cas de Giorgia Meloni, le choix a été clairement politique. Cela ne veut pas dire que l’équipe gouvernementale soit entièrement partisane, mais le message envoyé est celui d’un retour assumé des formations de coalition au cœur de l’exécutif. Ce choix tranche avec la période Mario Draghi, marquée par un gouvernement de large entente, centré sur la gestion de crise et la continuité institutionnelle.

Les négociations ont pourtant été serrées. Fratelli d’Italia n’a obtenu que 26 % des suffrages, ce qui laissait une place importante aux revendications de la Ligue de Matteo Salvini et de Forza Italia de Silvio Berlusconi. Ces deux alliés ont fini avec cinq ministères chacun, mais pas les portefeuilles les plus sensibles comme l’Intérieur, la Justice ou les Affaires européennes. Cela montre bien que, même dans une coalition victorieuse, l’équilibre des forces reste délicat.

Dans la pratique, ce type d’arbitrage a deux effets. D’un côté, il permet de satisfaire les alliés et d’afficher une vraie majorité politique. De l’autre, il crée des tensions potentielles entre les composantes de la coalition, surtout quand elles n’ont pas exactement les mêmes priorités sur l’immigration, l’économie ou l’Europe. C’est souvent là que l’instabilité réapparaît, non pas au moment de l’élection, mais dans la gestion quotidienne du pouvoir.

Autres articles à lire

Législatives en Italie : un enjeu de taille pour l’Union européenne

adrien

l’extrême droite au pouvoir, une première depuis Mussolini

adrien

La politique italienne est-elle vraiment atteinte d’instabilité chronique ?

adrien

Quelle politique migratoire pour l’Italie de Giorgia Meloni ?

adrien

l’extrême droite pourrait prendre le pouvoir, une première depuis Mussolini

adrien

L’Italie à l’heure des tractations… et des règlements de comptes

adrien